French

Evolution

Du temps où nous vivions au fond des océans
les petits se faisaient dévorer par les grands
Maintenant que nous vivons sur Terre
(parfois même un peu plus haut)
avec difficulté nous apprenons
à nous débarrasser des habitudes anciennes.

Petit nuage dans le ciel du Cuba

Petit nuage dans le ciel de Cuba
Tu voles, tu voles
Au-dessus des palmiers
Tu voles, tu voles
Plus haut que les immeubles
Le long du Malecon
Tu voles, tu voles
Bien plus haut que la piscine
De l’hôtel Présidente
d’où je te regarde
en flottant sur le dos
Petit nuage dans le ciel de Cuba
Tu voles tu voles
Et franchis les frontières
Sans problème de visa
Ni de compte en banque
Tu voles sur le monde
Et n’offenses personne
Petit nuage dans le ciel de Cuba
Notre révolution
Tout autour de la Terre
Sera accomplie
le jour où tous
tout autour de la Terre
Pourront faire comme toi
Petit nuage, petit nuage
Dans le ciel de Cuba
Vole, vole
et ne nous attends pas…

La Grande Bellezza

--------& Bang au milieu du blahBlaHBLAH assomant
--------des cartepitales postales, des cocktail partys infinies
sur les toits de villas où la petite vertu s’enfile en un rail
----------------------------à prix d’or
à califourchon sur des mannequins Dior.
où les costard-cravates pétaradent d’excellence
--------& les divas de salon se pavanent en silence
où tchin-tchin vaut un avé
& seuls les prêtres du Chic
peuvent te sauver :
----------------au beau milieu & par delà
les quartiers nord noirs de pluie
--------les patrons de playgrounds en Sergio Tacchini
les pères trop jeunes qui se rêvent Don Corleone
--------mais se fringuent chez Aldi, les pinas au bide fluo
qui mâchent leur vie comme un vieux Stimorol mal blanchi,
--------entre les arches & les arcades,
les portraits d’amants pris en flag
----------------------------les vendeuses d’œillets aux yeux de javel
les petites frappes pas crédibles place République
--------les mères de famille aux rides bouffies
& sur leur 31. Derrière les opéras bondés
les trop de monde au balcon
les dinner-in-the-sky very importants
les javas néonewyorkaises
--------pour tous les chill cats avec du Nujabes en stéréo
aux pieds des colosses de marbre de Rome
des chinetoques qui se paient l’au-delà au Père-Lachaise
comme un séjour à Bornéo,
les madonnes mécaniques à l’assaut en scooter, tous

tous
frénétiques
en chœur
comme un rugissant Ave Maria
--------tous cherchent frénétiques
----------------------------en chœur
----------------leur Grande Bellezza.

La révolution ne sera pas #hashtaguée

(Au poète funk Gil Scott-Heron, RIP)

La révolution ne sera pas hashtaguée, vieux frère
la révolution ne sera pas hashtaguée #énooooooorme
---------------------------------------------#tropsweet
-----------------------------------------ou #whatthefuck ?!
La révolution n’apparaitra pas en top des commentaires
2600 likes en un éclair,
la révolution ne sera pas rebloguée par Vogue Mac
les Inrocks Médecins sans frontières
pas de millions de followers à ajouter
aucun post à retweeter
la révolution ne sera pas hashtaguée.`

La révolution ne donnera pas bien en fond d’écran
ou dans une nouvelle police
de caractères
la révolution ne te montrera pas Natalie Portman
seins nus, pleine page
photoshoppée sur la plage
se battant pour la dernière cause humanitaire.
La révolution n’aura pas de présentateur vedette
la main sur le cul
des restos du cœur
en concert sur les Champs Elysées
la révolution ne passera pas au JT de 20h, non
la révolution ne sera pas hashtaguée.

La révolution ne gagnera pas l’Oscar
du meilleur second rôle
ni le Nobel de la paix
la révolution n’aura pas de prix conseillé
ou de seconde vie sur eBay
la révolution ne sera pas hashtaguée.

La révolution n’aura pas de filtre vintage
ou de citation à moitié vraie, à moitié con
la révolution ne se fera pas dans un vide grenier
remplis de ponchos
tricotés à l’énergie verte
la révolution ne guérira pas le cancer
la révolution ne te blanchira pas
les dents au laser

la révolution ne te ramènera pas
Joe Strummer ou Billie Holiday
la révolution se fera par les fils du Funk
les junkies aux bonnes intentions
les cols souples déguindés
les dingues à fourmis dans les jambes
les prophètes de la Friendship
les vrais tendres à l’œil dur
la révolution ne sera pas hashtaguée, vieux frère
la nôtre n’était pas calculée.

Quelques mots pour les sages

Ne vous fiez pas à quelqu’un qui
n’a jamais écouté de hip-hop
n’écoutez personne pour qui
un riff de basses relève du tapage nocturne
pour qui le lindy-hop n’est
qu’une danse de Satan sur Saturne
pour qui ça tourne tjs rond au taf au pieu à la maison.
gaffe aux mectons à la cravate trop serrée,
aux crânes dégarnis d’avance
aux sourires d’acier pour qui « ça balance !!!!!! »
gaffe aux atrophiés des sens investissant dans le bonheur
par intérêts composés,
jubilant par malchance.

Gare aux pantouflards qui ont réponse à tout
& la solution à rien,
j’emmerde ces bouffons qui se parfument au morose
ces ploucs qui laissent décrépir leurs flirts à l’eau de rose
je conchie les m’as-tu-vu convertis
les engourdis de la tchatche
et les couillons du lendemain
je compisse les pasteurs des idées noires
les hypocondriaques de l’imagination
les pochards aux poches pleines & pleins de spleen
les trouillards de l’optimisme
les dégonflés de l’euphorie.

Ma religion : la béatitude
≠ de la to-be-or-not-to-be-attitude
j’y consacrerai ma vie, mon foie
mes funny valentines
la camaraderie : mon dogme
le hip-hop sa bande-son
forever-ever
& ever-ever
& ever-ever.

Electric Slow

Robe de soie vs. pattes de velours
le dernier slow se joue pour toi
my dear
la sueur perle de nos fronts comme
-------------------des notes de cashmire
paume sur paume
cheek to cheek
-------------------à bout de souffle & béats
-----------true passion, enfin.
Je grooverai avec toi
jusqu’à ce que les lights s’éteignent.

Jazz Chick II

à Francesco De Sanctis

JAZZ.
tss-t-tsss & zaz-zuh-zaz
-------JAZZ.
-------sur des chapeaux de roue & tambour battant
--------------JAZZ.
--------------aux coins de culs de sac à contretemps
--------------------JAZZ.
--------------------noirs de monde Round about midnight
--------------------------JAZZ.
--------------------------fait de l'extasie une science
--------------------------------JAZZ.
--------------------------------& ses hanches défient le silence
--------------------------------------JAZZ.
--------------------------------------quand le sax te dupe
--------------------------------------------JAZZ.
--------------------------------------------le rythme ne ment pas
--------------------------------------------------JAZZ.
--------------------------------------------------c'est écrit partout sur son corps
--------------------------------------------------sa musique c'est le
-------------------------------------------------------------------------------Jazz.

Le long du fleuve

Je marchais
sur la partie infidèle des jours
j’allais vers la hâte des cormorans
qui effarouchaient la brume
là-bas le soleil renversait
du vin sur la neige
et répandait les cendres du crépuscule
contre la peau de l’hiver

Par les fenêtres grandes ouvertes
le fleuve fuyait (sa manière à lui de disparaître)
et je me jouais doucement dans la tête
la ballade de l’homme mort
quand l’art migratoire des oiseaux
à la dérive sur les îles mouvantes du ciel
rassemblait les nuages
réunis aux tendons de la nuit
la nuit qui approchait à pieds nus
avant de remettre à l’eau la suite du fleuve
la débâcle des eaux grosses
enroulées autour de leur propre soif

Et c’est ainsi qu’est apparue
dans le sillage de la mémoire
mon enfance de marécages
il ne me restait alors d’autre choix
que de me soumettre au jugement du saule.

Atlantique

La pluie ruisselle sur le dos de la plage
à Ipanema où le boulevard traîne sa paresse
les grandes vagues atlantiques échouent
dans la courbe de la baie lasse et jaune
et c’est l’appel d’un ailleurs lointain
que la mer psalmodie dans sa longue phrase
quelque chose de vide et poussiéreux
comme le soleil qui descend vers Leblond
entre les gouttes diagonales qui s’épuisent
sur la courte brise que délivre l’océan.

Pain confiture

Le baromètre électronique prévoit un soleil rond
ce matin que j’ai soulevé comme tous les matins
dessous ma couette où j’avais enseveli mon rêve
je suis descendu dans la cuisine sous la lumière crasseuse
puis j’ai fait couler un café noir
tasse en main j’ai fumé une cigarette dans la cour
le ciel bleu cobalt se délavait par l’orient
pendant que la lune et vénus témoignaient en silence
dans la douleur du monde qui les ignore
à table je me suis préparé une tartine de confiture
que j’ai avalée sans envie en trois bouchées
j’ai réveillé les enfants tour à tour
la semence du jour était jetée
ne me restait plus qu’à la cueillir
sous l’œil grand ouvert d’un soleil étonné.